La crise, en gestation depuis plusieurs décennies, suscite des attitudes diverse, selon notre culture, notre compréhension de la situation, nos intérêts, nos convictions, notre vision de nos semblables et nos rapports aux autres :
L'ampleur de la crise et de ses conséquences crée en nous un sentiment d'impuissance .Sa complexité nous dissuade de tenter d'en comprendre les causes et les effets. Conjuguées avec une aversion "culturelle" pour les choses de l'économie et de la finance, nous éprouvons le sentiment que nous n'y sommes pour rien et que nous n'y pouvons rien. C'est laisser le champ libre aux "experts" et aux opérateurs alors qu'ils agissent avec l'argent des déposants et des épargnants que nous sommes. Leurs décisions entraînent des conséquences sur la vie des entreprises et des états et sur celle de chacun. Ceci justifie que nous nous sentions concernés par l'emploi de notre argent. La complexité de l'économie, qui n'est qu'une facette de la complexité de la vie, ne doit pas nous faire peur. Soyons sans complexes devant cette complexité. Restons lucides et assez humbles pour accepter que personne ne maîtrise tout, et que, malgré cela, nous avons tous des possibilités d'action. Si les gouvernants, les dirigeants de banques et d'entreprises ont un rôle déterminant dans le cours des choses, n'attendons pas tout ni d'eux, ni des états ni des politiques. Nous n'avons pas tous vocation à diriger le monde, mais nous avons tous la responsabilité de diriger nos propres affaires et d'agir là où nous sommes.
81 - Prendre le temps de s'informer et de se former
Nous sommes surinformés, de manière fractionnée, simplifiée. Nous avons du mal à prendre du recul, et surtout à établir le lien entre les morceaux du puzzle, entre les informations parcellaires qui nous inondent. Or, les évènements comme les solutions mettent en jeu de multiples facteurs, dont les effets sont parfois difficiles à évaluer. L'analyse est nécessaire pour se forger une opinion. La petite phrase n'ouvre pas à la complexité ; le titre de journal est fait pour vendre et non pour expliquer. Pourquoi ne pas créer des "espaces de dialogue" sur le terrain pour partager nos réflexions ?
82 - La puissance de la parole.
Notre jugement est largement conditionné par notre environnement : les médias, écrits ou parlés, le milieu social, la famille, les "faiseurs d'opinion", notre culture. Nous-mêmes nous exprimons des points de vue. C'est dire que la parole joue un rôle essentiel dans les représentations que nous donnons de cette situation économique. Elle est nécessaire pour informer et générer les prises de conscience. Elle est néfaste si elle inquiète inutilement, manipule et engendre la peur et la panique. Elle est créatrice ou destructrice de la confiance, coeur du crédit. Elle exige d'être claire, mesurée et forte.
90% des français au moins possèdent un compte d'épargne. Les marchés financiers sont dépendants de nous autant que nous d'eux : Dans un monde où le capital a le pouvoir, pourquoi restent-ils muets ?
Chacun de ces sujets représente à lui seul un chantier à explorer pour formuler des propositions. Nombreux sont ceux qui réfléchissent, par petits groupes, sans liens entre eux. Il est urgent de "coaguler"ces initiatives pour leur donner un poids significatif sur les "décideurs" et aux acteurs des marchés financiers
Une utopie ? Non ! Des initiatives sont déjà en marche.
83 - Le monde économique et financier n'est pas monolithique.
S'il est vrai que le système financier et économique est actuellement dominé par la seule recherche du profit immédiat, qui devient contraignante pour tous les agents économiques, il existe des espaces qui laissent place à d'autres visions de l'homme. Le monde est divers : toutes les banques, toutes les entreprises n'ont pas joué la spéculation. Des initiatives significatives sont prises dans le monde, qui montrent qu'une régulation est possible, fondée soit sur les états, soit sur l'organisation des acteurs économiques. Par exemple, le microcrédit, version contemporaine de l'entraide et des caisses mutuelles, connaît un développement très rapide dans le monde, non seulement dans les pays pauvres mais aussi dans les pays développés : 150 à 200 millions de bénéficiaires y recourent. Mohamad Yunus, fondateur des Gramen Bank au Bengladesh, a reçu le prix Nobel de la Paix en 2007 comme reconnaissance d'une action économique au service des populations.
De nouvelles visions de l'économie se propagent et sont reconnues, telles que celle d'Amartya Sen, Stieglitz, prix Nobel d'économie. La crise actuelle accélère la prise de conscience de la nécessité de bâtir un autre système économique. Une opportunité nous est donnée de nous impliquer dans ce système.
84 - Les moyens de l'action
La vie économique a, selon nous, pour finalité de permettre a tous les humains de disposer de conditions de vie répondant à leurs aspirations. Elle a pour origine la créativité et le travail de tous. Les marchés financiers sont alimentés par l'épargne de tous : les banques, les assurances, les états. Les traders exercent leur activité à partir de la richesse que nous leur confions. Nous sommes légitimement fondés à connaître l'emploi qui est fait de notre argent, et à comprendre comment il contribue au bien commun. Nous pouvons agir de deux manières :
85 - L'action individuelle et la relation avec sa banque.
La gestion de notre épargne
Epargner est dans la nature humaine : partout dans le monde, particulièrement chez les plus pauvres. Plus de 90% des français possèdent un compte en banque sur lequel il dépose son argent Trop souvent, nous laissons les choses en l'état, ignorant comment la banque fonctionne, utilise notre argent, nous contentant de connaître le taux de l'épargne ou celui du prêt.
Or notre argent ne sommeille pas sur nos comptes. Il constitue une ressource pour la banque (et tout intermédiaire financier) pour faire des prêts à ses clients, ou bien pour investir sur les marchés financiers. Les placements en produits d'épargne sur livret sont réglementés par les pouvoirs publics : les taux sont identiques pour tous les établissements et les fonds sont utilisés en fonction de la politique de l'état.
L'épargnant, désarmé face à la complexité et à la diversité des offres, renonce à questionner son banquier ou son assureur, et se contente de connaître le taux. Parfois, s'il ose aller plus loin, il est dissuadé par l'ignorance de son interlocuteur, sur l'emploi des fonds qu'il lui confie et leur finalité économique. Ainsi, la plupart des banques disposent de Fonds éthiques, mais leurs agents ne les connaissent pas.
Le dialogue avec sa banque ou son assureur est trop souvent malaisé, car le conseiller est d'abord un vendeur alors que le client attend une aide pour construire son projet. Le dialogue exige donc d'être bien préparé par le client. Un placement, un crédit se décident en fonction d'un projet de vie, d'un besoin précis et engagent pour une durée. C'est au client de le définir et non au conseiller financier. Ainsi le dialogue sera plus aisé.
Le capitalisme financier domine la culture économique depuis plus de 30 ans mais de nombreuses initiatives se sont développées depuis les années 80 pour orienter les choix vers une finance au service du bien commun. Ces initiatives sont encore d'un impact limité (les capitaux investis dans ces fonds atteignent moins de 1%des capitaux engagés sur les marchés) mais elles suffisent pour ouvrir des voies nouvelles vers une économie respectueuse de l'homme.
Il est vrai que l'accès aux informations relatives à ces placements exige une volonté de la part de l'épargnant, pourquoi ne pas créer des groupes d'échanges, à l'exemple des clubs d'investissement, pour s'informer sur ces opportunités ?
86 - L'action collective
La liste n'est pas exhaustive. Ces initiatives doivent s'amplifier pour peser sur les centres de décisions. Il ne suffit pas de soutenir les fonds éthiques car ils restent à la périphérie de l'économie. Notre engagement doit en atteindre le coeur, c'est-à-dire les marchés financiers. Tous les citoyens sont concernés mais trop peu ont conscience d'être concernés. Les "faiseurs d'opinion"ont à encourager cette prise de conscience non pas en ressassant les principes moraux d'un autre siècle, mais en expliquant ce qui se fait concrètement, en aidant à lever le voile sur la complexité. Il est utopique de penser que l'unanimité se fera, mais il est réaliste de croire qu'une minorité motivée et consciente peut changer les choses, faire fonction de levain... Nous n'avons pas tous en charge les affaires du monde mais nous pouvons agir là où nous sommes. Il ne s'agit pas de refaire le monde, mais de l'aménager dans le sens du bien commun, d'en poursuivre la création, organisatrice du chaos.