Finance et démocratie

Crise! Il s'agirait d'une crise financière!Depuis plusieurs mois, les opérateurs financiers sont à juste titre ,sur la sellette car parmi eux,certains ont provoqué par leur appât du gain et leur inconscience,les dérèglements des marchés financiers, cassé la croissance et provoqué un chômage important. Pire!Ils braventIls bravent le pouvoir politique et l'opinion publique en poursuivant aux signes fragiles d'une reprise, la même stratégie de spéculation, comme s'ils n'avaient à rendre de comptes à personne, bien qu'ils mettent en jeu l'existence de millions d'épargnants, d'entreprises et de salariés

Or, ils travaillent avec notre argent: dans nos pays, plus de 90% de la population confie son épargne, modeste ou conséquente, aux banques, En France, l'épargne financière atteint, près de 15% du revenu annuel. Les fonds propres des banques sont constitués du capital apporté à partir de l'épargne et des profits réalisés sur la clientèle. Beaucoup d'épargnants croient que leur argent sert en priorité à accorder des crédits aux entreprises et aux ménages. Les banques ont un autre objectif: dégager le profit maximum, en risquant notre épargne sur des produits dérivés très risqués et spéculatifs, comme d'autres jouent au casino. La différence, c'est que lorsqu'elles perdent, les pertes sont à la charge des états et des épargnants.

C'est pourquoi la relation entre les épargnants et les banques doivent changer. La confiance ne peut pas être seulement unilatérale. Nous sommes en droit de demander des comptes aux banques, celles-ci doivent modifier leur comportement en prenant en compte le bien commun. A ce titre elles sont au service de l'économie réelle. Le conseiller financier, qui a pour objectif l'intérêt de la banque et non celui du client doit devenir un vrai conseiller, un homme de confiance pour le client.

Ce n'est pas suffisant: il y a une contrepartie. L'épargnant doit devenir actif dans la gestion de son épargne. Il ne suffit pas d'exiger la meilleure rémunération, mais aussi de savoir comment la banque génère son profit. Nous avons le droit de savoir à quoi sert notre argent, notamment s'il finance des activités illicites, ou nourrit des investissements dans des paradis fiscaux. Les autorités financières, les gouvernements ont la responsabilité de la réglementation et de sa bonne application. L'épargnant ou investisseur doit comprendre comment est généré le produit financier qu'il reçoit.

On objectera que la complexité des opérations financières nous est difficilement accessible, que l'efficacité exige des délais très courts, qu'il est difficile de tout expliquer. Raison de plus pour inciter les banques et les autorités financières à simplifier l'offre bancaire pour la rendre compréhensible. Raison aussi pour développer la formation financière des clients, dans les écoles, et toutes institutions responsables de la formation et de l'information des citoyens. Raison aussi pour que nous participions vraiment à la gouvernance des entreprises financières lorsque l'on est actionnaire, et surtout sociétaire dans le cas de banques ou d'assurances mutualistes. Il ne suffit pas d'aller aux Assemblées Générales ; il est nécessaire d'intervenir, de poser des questions, d'exprimer des points de vue. Pour ce faire, pourquoi ne pas s'organiser en groupes locaux ? Les litiges avec les entreprises financières, du type pot de terre contre pot de fer, peuvent être réglés différemment en défendant la loi autorisant les class' actions promise par certains candidats aux dernières présidentielles. Le recours aux associations de défense des épargnants et actionnaires minoritaires est à encourager et à faire connaître. Enfin, l'information sur les financements éthiques doit être renforcée au-delà de la bonne conscience des banquiers et des assureurs.

Propositions utopiques ?

Pourquoi pas si l'utopie aide à progresser! Il nous faut en effet agir sur une panoplie de moyens: la loi et sa bonne application pour encadrer les acteurs financiers, la fiscalité pour encourager la justice. Mais la loi ne peut rien si elle n'est pas fondée sur une prise de conscience de toutes les parties concernées et en premier lieu des épargnants. Nous ne pouvons nous contenter de décisions politiques et du changement de comportement des banquiers. Nous avons aussi à nous impliquer tous. C'est une condition de la démocratie pour ne pas laisser le champ libre aux aventuriers et aux experts. La société civile a une responsabilité à exercer pour promouvoir cette démocratie "au quotidien" nécessaire pour que l'argent des citoyens serve réellement le développement de l'économie au service de tous.

Louis Pilard

décembre 2009