Depuis le 19esiècle, coopération et mutualisme ont fait l'objet de théorisation, de statuts juridiques destinés à organiser les rapports entre les acteurs économiques. Pourtant coopérer est aussi ancien que le monde. Le mot remonte au 12e siècle, exprimant la participation de l'homme à l'œuvre divine. En effet, coopérer c'est essentiellement participer, mais il ne peut être dissocié du mutualisme, qui exprime l'idée de réciprocité, car il peut y avoir coopération sans que les fruits en soient partagés. Ici il s'agit d'une entreprise, d'un projet où chaque acteur participe et reçoit un avantage équitable. C'est dire que coopération et mutualisme sont fondés sur un intérêt intelligemment compris.
La nature, depuis l'origine nous montre de tels exemples de coopération. De nombreuses espèces animales et végétales ont survécu grâce à cette coopération. Dans la nature la sélection naturelle ne se fonde pas toujours sur la loi du plus fort. Dans l'organisation humaine elle est aussi légitime que la concurrence sauvage.
Il est à noter que les tenants de la thèse selon laquelle la sélection naturelle au seul profit du plus fort (assimilée selon eux au progrès!) se situent du côté de ceux qui tirent profit de cette situation, c'est-à-dire les forts, les puissants, les capitalistes, qui affirment qu'il n'y a pas d'alternative au libéralisme dérèglementé. Les théoriciens de la coopération, au 19e siècle, tels que Proudhon ont été contrés, sinon ridiculisés, à la fois par les capitalistes et aussi par Marx pour qui la seule alternative au capitalisme était l'Etatisation de l'économie. Il n'y avait pas place pour une économie fondée sur la coopération entre les acteurs ou ce que nous nommons aujourd'hui la société civile. Les rares tentatives dans le secteur industriel, jugées utopistes, ont échoué. C'est dans le secteur agricole ,en Europe, que la coopération et la mutualité ont connu un fort développement au 19e et 20e siècle, car la relation au travail, à la nature, et les intérêts étaient de nature autre, fondée sur la responsabilité personnelle. L'action sociale a,depuis le 20e siècle pu se développer aussi grâce à la mutualité.
En ce début de 21e siècle, au vu des résultats et des conséquences des économies étatisées, et aussi des excès du capitalisme libéral, la question d'une voie alternative est à nouveau d'actualité. La société civile, aux contours flous, cherche à participer aux décisions la concernant et entend ne pas laisser le débat aux seuls tenants du laisser-faire ou de l'intervention étatique. De multiples initiatives naissent, sous des formes associatives diverses, dans tous les domaines d'activité, constituant ce que l'on appelle en France l'économie sociale. Elle peine à s'affirmer dans l'ambiance de dérégulation que nous connaissons (encore).Pourtant elle mérite en premier lieu d'être mieux connue, pour ensuite susciter la mobilisation nécessaire pour la promouvoir.
L'Alliance Coopérative Internationale, fondée en 1895, rassemble la grande majorité des organisations coopératives du monde entier. Elle assume une fonction de réflexion doctrinale commune à ces organisations. Elle fonde la coopération sur trois valeurs majeures:
Ils découlent des valeurs rappelées ci-dessus. L'Alliance Coopérative Internationale les a réaffirmés, lors de son congrès de 1995 à Manchester :
1) L'adhésion volontaire et ouverte à tous. Les coopératives sont des organisations fondées sur le volontariat et ouvertes à toutes les personnes aptes à utiliser leurs services et déterminées à prendre leurs responsabilités en tant que membres, et ce, sans discrimination fondée sur le sexe, l'origine sociale, la race, l'allégeance politique ou la religion.
2) Pouvoir démocratique exercé par les membres: les coopératives sont des organisations démocratiques dirigées par leurs membres qui participent activement à l'établissement des politiques et à la prise de décision. Les hommes et les femmes élus comme représentants des membres sont responsables devant eux. Dans les coopératives de premier niveau, les membres ont des droits de vote égaux en vertu de la règle "un membre, une voix"; les coopératives d'autres niveaux sont aussi organisées de manière démocratique.
3) Participation économique des membres: les membres contribuent de manière équitable au capital de leurs coopératives et en ont le contrôle. Une partie au moins de ce capital est habituellement la propriété commune de la coopérative. Les membres ne bénéficient habituellement que d'une rémunération limitée du capital souscrit comme condition d'adhésion. Les membres affectent les excédents à tout ou partie des objectifs suivants: le développement de leur coopérative, éventuellement par la dotation de réserves dont une partie au moins est impartageable, dans des ristournes aux membres en proportion de leurs transactions avec la coopérative et le soutien d'autres activités approuvées par les membres.
4) Autonomie et indépendance: les coopératives sont des organisations autonomes d'entraide, gérées par leurs membres. La conclusion d'accords avec d'autres organisations, y compris des gouvernements, ou la recherche de fonds à partir de sources extérieures, doit se faire dans des conditions qui préservent le pouvoir démocratique des membres et maintiennent l'indépendance de leur coopérative.
5) Education, formation et information: les coopératives fournissent à leurs membres, leurs dirigeants, leurs gestionnaires et leurs employés, l'éducation et la formation requises pour pouvoir contribuer effectivement au développement des coopératives. Elles informent le grand public, en particulier les jeunes et les leaders d'opinion, sur la nature et les avantages de la coopération.
6) Coopération entre les coopératives: pour apporter un meilleur service à leurs membres et renforcer le mouvement coopératif, les coopératives œuvrent ensemble au sein de structures locales, nationales, régionales et internationales.
7) Engagement envers la communauté:les coopératives contribuent au développement durable de leur communauté dans le cadre d'orientation approuvées par leurs membres.
Le monde à bien changé depuis 1995 et ces principes peuvent paraître désuets en regard des critères qui guident la conduite des affaires économiques dans le monde: la recherche du profit maximum, la financiarisation de l'économie, la dérèglementation.
Pourtant, la crise déclenchée à partir des crédits" subprime", accompagnant la prise de conscience croissante de la raréfaction des ressources naturelles, notamment alimentaires, de la dégradation de l'environnement, des inégalités croissantes, militent en faveur de ces principes.
En France la coopération est particulièrement implantée dans le secteur agricole depuis la fin du 19e siècle. Pourtant, les premières initiatives ne sont pas agricoles: les pionniers de Rochedale, exerçaient dans le domaine industriel textile dès la 1ère moitié du 19e siècle en Grande-Bretagne. Les créations de Godin, en France,avant 1850 se situaient dans le secteur de la métallurgie, et visaient à offrir aux ouvriers des biens de consommation à des conditions avantageuses. Surtout, les coopératives de consommation ont connu au 19e siècle, un essor considérable (Magasins Coop, Familistères, etc.).
Puis, en Allemagne et en France, la nécessité d'accroître la production agricole pour répondre aux besoins de la population a généré des initiatives en agriculture: Raiffaisen en Allemagne, Durand en France, la levée de l'interdiction d'association (par la loi Le Chapelier en 1793), et la loi créant les syndicats en 1884 ont ouvert la voie aux structures coopératives et mutualistes.
L'agriculture en a largement bénéficié, mais elle n'en n'a pas le monopole. De nos jours, les formes coopératives très diverses opèrent dans tous les domaines:
- La coopérative de consommateurs
- La coopérative de producteurs
- La coopérative de travail
- La coopérative de coopérateurs actionnaires
- La coopérative jeunesse de services
- La coopérative de solidarité
Le concept d'économie sociale est apparu au début des années 80, lorsque Michel Rocard, alors Ministre du Plan, a fait l'inventaire des structures qui, sous des formes juridiques non commerciales, créaient de la richesse économique, sous forme de production de biens ou d'offre de services. L'on a regroupé, sous cette catégorie, les organisations coopératives et mutualistes, des associations loi 1901, des sociétés d'économie mixte, etc.…).Ainsi l'économie sociale retient des critères autres que le statut juridique, comme la finalité du service, le bénévolat, la participation des intéressés.
Elle comprend des activités économiques organisées :
- ni comme des entreprises capitalistes
- ni comme un service public
- ni comme une entreprise familiale,
mais elles peuvent être en concurrence avec des entreprises industrielles et commerciales ou assumer des fonctions de service public
Les bénéficiaires en sont en majorité les associés.
Elle exerce une activité économique à forte utilité sociale
Elle expérimente une nouvelle façon de vivre et de penser l'économie
Elle place la personne au centre du développement économique. Le microcrédit, fondé sur la confiance à la personne en est une application.
Les formes juridiques en sont très diverses :
Coopératives et mutuelles aux statuts très divers :
Les coopératives agricoles ont pris une part importante sinon dominante dans le développement de l'agriculture française depuis la fin du 19e siècle. Elles se sont regroupées pour créer des unions de coopératives destinées à atteindre un poids suffisant sur leur marché, ou à investir dans la transformation des produits agricoles. Elles se sont ouvertes à des partenaires industriels ou commerciaux parfois publics sous la forme de Sociétés d'intérêts collectifs agricoles(SICA). Elles ont pris le contrôle de sociétés industrielles ou commerciales liées à leur objet.
Les coopératives sont également présentes dans de nombreux secteurs d'activité: le transport, la pêche, la construction, l'artisanat, la banque où elles représentent une part importante du marché. Mention doit être faite des Société coopératives ouvrières(SCOP) qui se multiplient dans les services. Elles sont regroupées en Fédérations Régionales et Nationale.
Les mutuelles se sont développées surtout dans le domaine de l'assurance, en agriculture, mais aussi dans l'artisanat, la fonction publique et, à travers la couverture complémentaire du risque santé dans tous les secteurs d'activité. L'on dénombre plus de 25 millions de Français adhérents de mutuelles.
Associations loi 1901
Elles sont très nombreuses en France. La plupart ont pour vocation de répondre à des objets sociaux, culturels, conviviaux, sportifs, spirituels. Néanmoins certains d'entre elles exercent une activité économique importante, par exemple dans le sport, la santé, les services à la personne, la culture et fonctionnent dans l'esprit de l'entreprise coopérative.
Les syndicats, les ordres professionnels, les fondations fonctionnent souvent selon un mode de bénévolat et de démocratie, mais n'exercent pas une réelle activité économique.
Enfin, des forment juridiques plus récentes, telles que les Groupements d'intérêts économiques (GIE) et leurs dérivés permettent à d'associer des partenaires économiques à la réalisation d'objectifs communs.
Ces structures ont le plus souvent pour objectif d'unir des personnes qui recherchent des objectifs économiques communs, et de répartir les résultats entre leurs membres. Il faut néanmoins souligner que les valeurs coopératives ne constituent pas toujours le critère essentiel des décisions.
La place de l'économie sociale est inégale selon les domaines d'activité, selon les pays. Elle est issue de la nécessité économique et d'une vision de l'homme liée à une spiritualité. Elle ne se veut pas être un système économique, mais a pour finalité de construire une organisation économique où la recherche du profit pour lui-même est exclue. Le primat est donné au développement de l'homme, auquel le profit est subordonné. Ce choix est en contradiction avec la pensée dominante qui s'est imposée au monde depuis les années 70. Ce n'est donc pas un hasard si le mouvement coopératif se développe dans des pays démocratiques, dans une économie soumise au politique .Le développement coopératif n'est pas compatible avec la dérèglementation libérale qui donne raison au plus fort. Pour autant la coopération et le mutualisme restent très présents dans bien des régions comme l'illustrent les tableaux qui suivent, même si les statistiques sont insuffisantes.
En France: on estime qu'en 2006, 120000 établissements relevant de l'Economie Sociale emploient près de 2 millions de salariés.
Europe :
Monde :
Exerçant une activité économique, les entreprises de nature coopérative sont confrontées au marché, selon les règles de la concurrence d'inspiration libérale. Entreprises de droit privé, elles sont responsables de leurs résultats et de leur gestion. Elles ont à concilier ces deux exigences avec les valeurs et les principes coopératifs. Elles vivent en permanence des tensions très fortes dans un monde gagné par l'individualisme, la recherche de l'intérêt personnel et du profit devenus prioritaires au détriment d'une éthique.
N'est-il pas utopique de croire encore à l'avenir de la coopération et de la mutualité ?
Les principes coopératifs affirment que l'économie est au service de l'homme et de son développement. Ils reconnaissent l'exigence de la performance économique, à condition qu'elles respectent l'homme tant dans le processus de création de richesses, que dans la répartition de celles-ci. Tous les moyens ne sont pas bons pour atteindre la performance.La justice doit guider la répartition.Chaque acteur est considéré responsable. Coopération et mutualisme se trouvent aujourd'hui devant l'exigence de démontrer que la référence aux valeurs fondatrices constitue une force capable d'apporter un supplément à ceux qui leur font confiance et s'engagent! Un plus par rapport à ce qu'ils peuvent trouver dans l'entreprise libérale: un plus en efficacité économique, un plus en qualité de produit et de service, un plus en qualité de relation.
La performance est nécessaire: les membres de la coopérative sont légitimement fondés à bénéficier d'un rapport qualité-prix supérieur à celui de la concurrence. La dynamique de gestion, la compétence commerciale et technique sont indispensables.
Le mot peut surprendre. Dans le monde d'abondance qui est le nôtre, concevoir les produits, les services, les réaliser, les faire connaître, les distribuer est une nécessité. La concurrence contraint à faire sa place. Le consommateur n'attend pas. La coopération a-t-elle une manière spécifique de répondre à cette exigence?
Les produits et services proposés doivent, au minimum, respecter les normes légales. On sait que celles-ci ne découlent pas de critères éthiques, et que l'évolution des pratiques commerciales ne va pas en ce sens. Les coopératives, les mutuelles ont-elles le pouvoir, la capacité, d'afficher des normes plus respectueuses du consommateur? Autrement dit, par quels signes l'adhérent (ou le client) d'une coopérative perçoit-il qu'il est partenaire d'une entreprise non-capitaliste?
Etre le meilleur sur son marché, que celui-ci soit local ou international n'est par nécessairement être le plus gros. Il est néanmoins indispensable d'atteindre une dimension critique pour faire valoir ses normes en termes de qualité et de prix, être reconnu pour une relation particulière avec ses partenaires. Dans un marché organisé par les plus forts à leur profit, ceux-ci entretiennent l'idée que le profit est le seul critère de performance. Celle-ci constitue l'âme de la communication commerciale et de la pensée dominante. Mais peut-on attendre que les bénéficiaires de ce système promeuvent une autre conception du commerce? Non! C'est pourquoi les structures coopératives et mutualistes, pour se différencier, doivent investir, au niveau de leurs fédérations pour inventer un discours différent. Défi majeur, difficile, mais indispensable pour offrir une vraie alternative à la pensée dominante.
Peu à peu, émerge dans notre monde la conscience que l'entreprise fait partie d'un territoire, d'un environnement, d'une société. Elle a une part importante dans l'organisation et la vie de celui-ci. Elle agit, en bien ou en mal sur son environnement naturel et humain.
Une entreprise coopérative assume-t-elle différemment cette responsabilité sociétale et environnementale?
Si l'on se réfère aux valeurs coopératives, ces préoccupations en découlent naturellement. Les coopératives ont ainsi une fonction d'exemplarité à remplir. Elles peuvent exercer un rôle moteur par leur insertion dans les territoires et dans les réseaux inter coopératifs.
Prise en compte des exigences sociales, environnementales
- En tant qu'entreprise
- Par le conseil aux adhérents
- Par le contenu de l'offre commerciale
les partenaires de l'entreprise sont multiples: clients, sociétaires, salariés, élus, direction , fournisseurs , pouvoirs publics. Les rapports avec tous ces partenaires sont-ils différents?
La réussite de l'entreprise est liée à la mobilisation durable de tous les acteurs qui, en retour reçoivent une part équitable du résultat. Cette mobilisation repose sur une bonne compréhension et l'adhésion de chacun aux objectifs communs. C'est dire que la préparation des stratégies et des décisions prend du temps, car elle est fondée sur le dialogue, le débat et la recherche du consensus. Elle exige des responsables qu'ils anticipent les évolutions et les enjeux, qu'ils prennent du recul par rapport au quotidien, qu'ils délèguent à leurs collaborateurs. Ce monde de fonctionnement s'inscrit dans la durée.
L'adhésion de tous les acteurs repose aussi sur un système de rémunération équitable, sans qu'il soit égalitaire. Il résulte d'une évaluation fondée sur des critères connus de tous les acteurs et sur des fonctions et des objectifs définis clairement pour chacun Il suppose un dialogue permanent à tous les niveaux de la hiérarchie.
Pour un retour aux valeurs fondamentales
-Il est nécessaire de renforcer le poids de l'économie coopérative et plus largement de l'économie sociale privilégiant l'homme dans un contexte de rapports de forces dans un monde dominé par la priorité donnée au capital. L'économie sociale, dispersée, très diversifiée, représente de 7 à 10% du Produit Intérieur Brut et de l'emploi. Rares sont les secteurs où elle atteint le seuil critique. Rappelons que l'essor de l'économie sociale, aux 19 e et au 20e siècle a été accompagné d'un fort soutien, juridique et financier, de la part de l'Etat que ne permet plus le désengagement des années 80.
- La crise financière est riche d'enseignements : manifestation visible des limites de la société de consommation et du capitalisme libéral, elle conduit à une remise en cause des règles du jeu économique, dans une perspective nouvelle. La prise en compte de la limite des ressources naturelles, énergétiques et autres, remet à l'honneur la nécessité de donner la priorité à l'économie réelle en réglementant les marchés financiers et l'activité bancaire. Le développement durable n'est pas vivre à crédit. Il y a opportunité à recentrer l'économie au service de l'homme. L'économie sociale a une mission de proposition à assumer dans cette phase de refondation.
- La régulation économique fondée sur l'action convergente et coordonnée du politique, de l'économique, du social est à réinventer Le moment est venu, après trois décennies de déréglementation de restaurer le pouvoir du politique sur l'économie. Cette proposition peut sembler utopique, mais les gouvernements ne peuvent plus se soustraire aux conséquences d'une gouvernance économique et financière livrée à elle-même. La société civile, (l'opinion,pour les médias), se sent de plus en plus concernée. Les épargnants demandent des comptes aux banques. La mutualité et la coopération offrent des structures permettant à la société civile un moyen de participer à la gestion de l'économie.
Les défis à relever
Ces défis sont implicites dans notre exposé. Il est clair que l'option coopérative exige un engagement de la part de ses adhérents, utopiste pour beaucoup. Un travail "doctrinal" est nécessaire" pour affirmer les valeurs et les principes coopératifs dans un langage adapté à notre époque. La communication en serait facilitée. Les aspirations de la société actuelle de nos sociétés à plus de solidarité et de justice de participation sont en résonnance avec ces valeurs. Les hommes et les femmes de notre temps aspirent à la stabilité (et non à l'immobilisme!) et attendent une régulation de l'économie. Le défi peut être relevé.
"Conscientiser" l'opinion publique
Il s'agit en premier lieu de mobiliser les 800 millions de personnes qui dans le monde participent à une organisation coopérative ou mutualisme. La formation, la communication au sein de chaque structure constituent un puissant levier pour agir, à condition que le message soit cohérent avec le vécu de l'entreprise. Cette action est d'autant plus efficace que les dirigeants sont portés par la force des valeurs coopératives.
Concilier autonomie et action collective
La force de l'économie sociale au sens large repose sur la mobilisation de tous ses acteurs à travers ses réseaux. Les fédérations ont un rôle éminent à remplir dans la "conscientisation" de l'opinion. Les structures de base, engagées dans l'action économique, ont à témoigner de leurs performances et de leur identité coopérative. Les rôles sont définis à chaque niveau selon le principe de subsidiarité. L'on objectera que ce processus, consommateur de temps, n'est pas compatible avec le rythme actuel de la vie des affaires. Il y a à inventer des procédures et des modes de fonctionnement fondés sur la confiance, la délégation et un contrôle efficace. C'est la voie pour concilier efficacité économique et fidélité aux valeurs originelles.
Etablir un partenariat avec les états
Les gouvernements, au cours des dernières décennies ont contribué à "banaliser" l'économie sociale en le considérant comme acteur parmi d'autres de l'activité économique. Ils ont supprimé, à juste titre, les "privilèges" attachés au statut coopératif. Certains animateurs de structure coopérative, comme Mohamad Yunnus, fondateur de Grameen Bank, considèrent même qu'elles doivent être totalement indépendantes des gouvernements.
Néanmoins, l'aide des états est nécessaire. C'est pourquoi l'économie sociale a besoin de cultiver l'écoute des pouvoirs publics du niveau local au niveau de l'Union Européenne. En effet, la législation relative au statut, de la fiscalité, de l'économie sociale est en évolution permanente, de plus en plus imprégnée de libéralisme. Les lois sur la concurrence s'appliquent de la même façon à toutes les entreprises. Les attaques anti coopératives appellent des réponses.
Les nouvelles technologies de communication pénètrent les structures de l'économie sociale comme elles pénètrent l'ensemble de la société. Elles ouvrent un champ immense de liaison avec chacun des adhérents. Elles s'intègrent dans le fonctionnement des entreprises. Celles-ci deviennent peu à peu un réseau reliant des milliers de personnes, des expériences individuelles ou locales. Elles créent des réseaux de réseaux à une époque où l'économie du savoir devient une réalité. Le savoir, dans une vision mutualiste, se partage et devient un multiplicateur de créativité. Nombreux sont les exemples de coopération (sans le nom) nés avec le développement d'internet: Linux, société de création de logiciels par des internautes bénévoles, Wikipédia, encyclopédie nourrie des apports des personnes motivées par un thème. De nombreux articles et ouvrages sont publiés, issus de collaborations par internet. N'y a-t-il pas, au sein des structures de l'économie sociale à créer de tels échanges porteurs de convergences et de solidarités nouvelles?
Pour beaucoup, notamment parmi les acteurs, voire même les responsables de l'économie sociale, croire en l'avenir de la coopération et du mutualisme relève de l'utopie. Notre monde, où l'argent est devenu le seul critère d'appréciation de l'efficacité ne lui donnerait aucune chance.
Pourquoi, alors, oser affirmer que la coopération a encore un avenir ?
Louis Pilard - 17/06/2010